La Baie d'Ha Long

Un album est disponible en cliquant sur le diaporama en bas de page. (Collection personnelle)


Dès que l'on a quitté le petit port de Cat Ba, en slalomant entre les multiples embarcations sur lesquelles vivent des pêcheurs, on découvre les premiers rochers émergeant de la brume. Le paysage a beau être l'un des plus connus au monde, il surprend par sa beauté et l'onirisme de ces formes. Les jonques sont désormais moins nombreuses que les petits bateaux à moteur où s'agglutinent les touristes mais le spectacle de l'une d'elle au détour d'un rocher demeure d'une grande beauté. 
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Baie d'Ha Long
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Baie d'Ha Long. Pêcheur.

Dans le labyrinthe  de ces îlots aux formes fantasmagoriques le bateau se glisse sans bruit de rocher en rocher, découvrant à chaque virage de bord de nouvelles perspectives de rochers noyés dans la brume. Je ne sais pas s'il est possible de voir la baie d'Ha Long autrement que par brouillard, mais la brume légère qui adoucit les arrêtes de ses grands rochers est indissociable du paysage, tel que je l'avais imaginé et tel que je le découvrais. Les arbres qui couvrent les flancs et les sommets des îles et des rochers fondent leur masse dans un camaïeu de verts mêlant l'émeraude profond de la mer au vert anglais ou au vert tilleul des arbres sur fond de brume translucide.

Ce paysage évoque les peintures chinoises faites d'encre et de couleur sur papier où les formes se dissolvent dans un lavis estompant les sommets des montagnes les plus éloignées dans une brume immatérielle. Ces peintures sont d'une grande puissance onirique. Cependant elles ne sont souvent que la transcription poétique de paysages que les chinois apprécient tout autant que les touristes.

La chaîne du Huang shan attire peintres et poètes, mais aussi les adeptes de la méditation zen. On y découvre le pic du Lion, le singe qui regarde vers la mer et le vénérable pin surnommé "Fleurs jaillies d'un pinceau rêveur". Les pics du Huang shan émergent de la mer de nuages tel un " archipel féerique ".
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Rochers du baiser.
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Fleuve Li

La descente en bateau du fleuve Li, le Lijiang, n'est pas sans rappeler les paysages de la baie d'Ha Long. Le fleuve serpente au milieu de forêts de bambou, de rizières croisant de paisibles villages et de magnifiques pics de calcaires couverts de végétation, plongeant parfois à pic dans les eaux du fleuve. De Guilin à Yangshuo, le fleuve ondule entre les collines et les rochers aux noms empreints de poésie : colline de la chauve-souris, colline du meunier au travail, colline de la tête de dragon, rocher de l'attente du mari, dragons jouant dans l'eau…

Débuté sous les nuages, mon voyage se poursuivit bientôt dans la brume et la pluie, mais il eut fallu m'arracher au pont du bateau tant le spectacle était féerique. 

Cette vision m'évoquait les descriptions du mont Lu, aux cimes dissimulées dans les voiles du brouillard : " Brumes et brouillards du mont Lu, si célèbres qu'ils s'étaient mués en proverbe pour désigner un mystère insaisissable, une beauté cachée mais ensorcelante. Par leurs mouvements capricieux, imprévisibles, par leurs teintes instables, rose ou pourpre, vert jade ou gris argent, ils transformaient la montagne en magie. " Les peintures et estampes chinoises sont bien sûr directement inspirés de ces merveilleux paysages qu'ils transcendent cependant par une poésie simple, fraîche et délicate. Ceci explique aussi pourquoi les chinois sont si férus de nuages, qu'ils utilisent l'expression " nuages et pluies " pour traduire l'acte d'amour et l'état d'extase. Au sein de ces paysages, l'homme est toujours présent, souvent minuscule, dominé par la majesté de la nature et le mystère du paysage qu'il ne peut comprendre alors même qu'il y est présent, ce que le poète Su Shi exprime en disant : "  Le vrai visage du Mont Lu reste inconnu à celui qui s'y trouve. ".

La beauté de tels paysages est menacée par l'homme. Le tourisme est sans doute le pire danger de ces paysages magiques. Le Ha Long terrestre est en passe d'en faire la démonstration. La multitude des petites barques qui se pressent à l'embarcadère de Lam Coq évoluent dans un bassin dont les berges sont soigneusement empierrées  avant de se suivrent en file indienne tout au long de la rivière. En levant les yeux, le paysage des falaises rocheuses demeure tout aussi magnifique mais la rameuse qui déballe ses nappes brodées et ses cartes postales dans la barque avant de prendre le chemin du retour manque un peu de poésie. On comprend que ces villageois exploitent ce filon qui leur rapporte sans doute plus que la culture du riz le long des berges de la rivière mais on se prend à rêver d'une nature vierge de toute pollution touristique.
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Marchande de fruits à l'embarcadère.

L'extrême simplicité des paysages se retrouve dans les peintures de fleurs, de bambou,  d'animaux ou d'oiseaux. Dans " Toute beauté est singulière ", François Cheng écrit à propos d'une encre sur papier de Bian Shoumin (1684-1752)  La fleur qui s'ouvre… : " …l'éclosion est un instant à la fois magique et douloureux : promesse de beauté pour demain, annonce de mort pour après-demain. Bian Shoumin serre de près son sujet, avec un sens presque tactile du concret…qui paradoxalement frôle l'abstraction. Mais tout est paradoxe dans l'art de la représentation, comme dans la vie peut-être. Tous ces jeux d'encre, tous nos gestes aussi ne visent après tout qu'un seul but : approcher la splendeur à l'instant du dévoilement…pour ne rencontrer que le blanc, le vide. "
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Rocher

Pour l'imaginaire chinois, le rocher est à la fois yin et yang, à sa manière un condensé du monde terrestre, une expression du souffle originel. Dans la dynamique du pinceau et de l'encre, le peintre chinois cherche à modifier, à transformer sa vision pour révéler le mouvement, la vie, là où un occidental s'attachera à la recherche du beau et parlera de création. Le fondement de la peinture chinoise n'est pas de rechercher le beau en soi mais de dégager l'énergie émanant des contrastes, entre l'eau et le rocher. A travers la perception des sens et la recherche de la perfection de la forme, le peintre chinois ne tente pas de faire passer une idée mais de restituer une énergie. Par leur interaction dynamique les choses évoluent entre le visible et l'invisible se détachant de la forme pour s'ouvrir à l'esprit.
Voir l'album de la Baie d'Ha Long.
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