Le Temps et l'Histoire.


A cette grande interrogation philosophique qu'est le temps, "  la méditation du temps est la tâche préliminaire de toute métaphysique ", la science s'efforce avec une belle constance d'apporter des réponses. Certaines rejoignent dans l'abstraction le concept temps lui-même et il n'est guère aisé pour le profane, le non initié, de se figurer ce qui nous est proposé comme étant la réalité démontrée. La réalité du temps nous semble évidente, mais personne ne sait la démontrer. Pascal se propose de contourner la difficulté lorsqu'il écrit : "  Pourquoi chercher à définir le temps puisque nous concevons fort bien ce que l'on veut dire en parlant du temps sans qu'il soit nécessaire de le définir plus précisément. ". Il est beaucoup plus parlant, pour un esprit simple, de s'imaginer la création du monde telle qu'elle est relatée au Chapitre I de la Genèse, que de tenter de comprendre le " Big-Bang ". La création du monde, telle que racontée dans la Bible, fait appel à des images simples pour expliquer l'apparition de ce qui nous entoure. On remarquera au passage que, pour donner plus de crédibilité, il est établi une chronologie et une progressivité dans la complexité des choses, puis des êtres. L'humanisation du récit de la création trouve son apogée dans la création de l'homme et sa récompense, comme celle de tout bon ouvrier, dans le repos du septième jour. 
Horloge astronomique de Prague.
C'était bien avant l'avènement des 35 heures et de la semaine anglaise qui, si elle eût existé, aurait privé la création de son bouquet final, l'homme n'ayant été créé que le sixième jour. Ce récit poétique, imagé, a nourri pendant des siècles l'imagination populaire et suscité de multiples récits et œuvres d'art. La nudité originelle de notre mère commune, Eve, servit  beaucoup aux artistes pour célébrer la beauté du corps de la femme, sans encourir les foudres de l'Eglise. Dans cet imaginaire apparaissent des éléments où la Science se retrouve, sans que l'on puise en inférer la moindre conclusion : l'existence d'un point de départ, l'évolution des espèces, certes très éloignée de la conception  de Darwin, mais inscrite avec un ordre d'apparition dans la création.
La notion de Big-Bang que l'on retrouve à travers des ouvrages de vulgarisation, tels que ceux de Reeves, de Stephan Hawking et de Jean Pierre Luminet est certes très controversée mais a l'avantage de proposer une explication scientifique à l'origine de l'univers. On se retrouve confronté à des concepts dont on a du mal à imaginer l'existence comme le néant, qui est un concept philosophique mais sans aucune consistance scientifique. Il ne faut pas confondre le vide et le néant. La représentation que l'on peut se faire du vide remonte aux travaux pratiques de physique des classes secondaires où l'on apprenait à le réaliser dans une éprouvette à l'aide d'une trompe à eau, par effet Venturi. Le vide, comme le vide spatial, popularisé depuis la conquête de l'espace, est somme toute relatif, car situé dans une enceinte close, l'éprouvette, ou un espace fini, pour le vide spatial. Ce vide, que l'on ne peut aucunement assimiler au néant, peut se matérialiser par l'apparition du phénomène d'apesanteur, illustré par les petits fragments de papier flottant dans l'éprouvette, ou les cosmonautes dans la capsule spatiale.
Apesanteur
Le néant, le rien, est donc difficilement concevable, tout comme le début. Dans la pensée anthropomorphique, le fait qu'il y ait un début suppose qu'il y ait un avant le début. C'est à ce moment que tout a commencé. Le début s'inscrit dans une chronologie. Le récit de la Bible n'y échappe pas : " il y eut un commencement, il y eut une fin, ce fut le premier jour ". Le big-bang, l'origine de l'univers, représente le début de l'existence, non seulement de l'énergie et de la matière, mais également de l'espace et du temps. Pour James Hartle et Stephen Hawking, cette naissance de l'univers peut être un événement naturel, s'expliquant par les lois de la physique quantique et susceptible de survenir de façon totalement spontanée. Déjà au Ve siècle, saint Augustin considérait que " le monde a été fait avec le temps, pas dans le temps ". La science rejoint une certaine vision divine à laquelle ne lui permet pas de souscrire la rigueur et l'objectivité qui est son essence même : le néant et l'infini. Non seulement les lois physiques permettent à l'univers de naître spontanément, mais elles vont guider sa croissance, son organisation, la diversification de la matière puis des êtres jusqu'à l'émergence d'un homme capable de les découvrir et de les comprendre. Le big-bang ne doit pas être assimilé à la création, car la nature ne cesse pas d'être créative. Faut il donc encore se poser la question du surnaturel ? D'où viennent ces lois physiques, ces règles mathématiques qui semblent régir la nature, son évolution, son fonctionnement ? Le temps n'est pas la toile de fond ayant servi d'agenda à la naissance et au développement de l'univers. Il est consubstantiel à l'espace et à la matière, il fait partie de l'univers, il peut être déformé par le mouvement et la gravitation. Le temps est donc part intégrante du monde physique et non extérieur comme un absolu. Pour Paul Davies, spécialiste de la gravité quantique, l'espace-temps trouverait aussi son origine dans un processus quantique.
L'univers est en expansion constante. Sa croissance fantastique repousse t'elle les frontières du néant ? Si le néant a des frontières est-il encore le néant ? Pour reprendre le titre du livre d'Arthur Koestler, " le Zéro et l'Infini ", qu'est ce que le zéro, qu'est ce que l'infini ? Parmi les chiffres, le zéro est arrivé après tous les autres. Rien qu'à compter ses doigts, il était facile d'imaginer chacune des unités, en particulier le un, d'où découle toutes les autres. On peut ensuite laisser voguer l'imagination de nombres pairs en nombres impairs, d'addition en soustraction, multiplication ou division. A ce jeu, la langue française excelle, avec le sublime 90 notamment, nécessitant une multiplication (4 x 20) et une addition (10) pour dire ce que nos voisins suisses dénomment, avec plus de logique, nonante, venant après cinquante et soixante Abandonnons cette digression sur l'aspect tortueux de notre langue pour nous reconcentrer sur le zéro. Qu'il soit le symbole du rien peut se concevoir mais pourquoi devient-il la marque des dizaines, des centaines,  des milliers… lorsqu'il se place après une unité ? Pour reprendre l'interrogation d'un humoriste  rien c'est rien, trois fois rien qu'est ce que c'est ? Là on lave plus blanc que blanc. L'humoriste nous livre aussi sa vision du zéro et de l'infini lorsqu'il énonce : " parti de rien pour arriver nulle part " constituant un saisissant raccourci d'une vie. L'infini semble une notion encore plus difficile à appréhender.

La dernière frontière de l'être, de la pensée humaine, a t-elle même une chance d'exister ? Ne l'imaginons nous pas en fonction de notre vision d'homme dont la vie est limitée par la naissance et la mort ? La limite c'est bien une idée d'homme. Pour un événement donné, comme la guerre, il y a un avant et un après. Pour une frontière, comme les Pyrénées, il y a un en deçà et un au-delà, et l'on sait bien que la vérité n'y est pas la même. Une autre caractéristique qui semble inéluctable pour l'homme, c'est la continuité du temps et de l'espace. Un juge n'admettra pas qu'il y ait un trou dans un emploi du temps. La continuité est-elle une donnée fondamentale de l'ordre de l'univers ? L'univers en expansion n'a t-il pas laissé, de-ci, de-là, des petits espaces de néant ? Que sont ces " trous noirs " découverts entre les myriades d'étoiles ? Une nouvelle fois pour exprimer l'inimaginable, le scientifique fait appel à l'imaginaire de l'homme, le trou, avec ses bords, et à la symbolique des couleurs, le noir, couleur, dans certaines civilisations, de la mort, assimilée à un retour au néant. Tous les êtres sont programmés pour mourir. Aucune exception à la règle. La nature par la naissance donne la vie à tous les êtres, par la mort elle retire exactement ce qu'elle a donné. Cela se passe plus ou moins vite que l'on soit un papillon éphémère ou une tortue marine des Seychelles, mais cela finit toujours pas arriver. Si rien ne vient en interrompre le cours, la vie se déroule immuable, de l'enfance, à l'adolescence, à l'âge adulte, à la vieillesse jusqu'à la mort. Et l'au-delà ? Suivant les croyances, rien, la réincarnation ou la résurrection et la vie éternelle.

L'éternité est le non -temps, (ex-ternité), un concept de vie affranchie du temps. Ce concept peut se concevoir hors du temps ou du fait de la nature même du temps dont on ne sait même pas s'il existe. L'éternité pourrait être une composante du temps. Il ne faut pas la confondre avec l'immortalité. L'immortalité est une évolution supposée du temps, venant se substituer à la mort, qui est le non-être. L'immortalité implique le concept d'une vie future. L'homme ne demande qu'à y croire même si sa vision anthropomorphique le conduit à douter : " l'éternité paraît toujours longue, surtout vers la fin". Sortir de la " finitude " humaine requiert la foi ou beaucoup d'imagination. Qu'est ce que la vie d'un homme comparée à l'univers ? Etincelle à l'échelle cosmique, grain de sable à l'échelle du monde, l'homme est devenu capable d'appréhender les choses très au-delà de sa personne, même si sa capacité à aller encore plus loin que la science demeure limitée. Mais il y a la pensée et l'art qui lui ouvrent les chemins de la création et la possibilité de se survivre à lui-même.

Comment survivre au temps ? Ce ne sont certes pas les commémorations les anniversaires qui vont chercher bien loin. On ne ressuscite pas le temps, il suffit pour s'en convaincre du caractère grotesque des reconstitutions historiques. Pour survivre au temps, pour conserver le passé, il y a les lieux, les objets, les écrits, qui constituent les traces visibles du passé et la mémoire, individuelle ou collective, qui est l'Histoire.
L'histoire d'un être est à la fois dérisoire et essentielle. Dérisoire, comparée aux milliards d'êtres peuplant la planète, à ceux qui l'ont précédé et qui le suivront. Hormis quelques grandes figures qui ont marqué l'histoire collective, la vie d'un être est vouée à l'oubli. Le souvenir d'un être cher peut être pieusement conservé par l'époux, l'épouse, les enfants et petits enfants. Il se pérennise rarement au-delà de deux générations. Il suffit pour s'en convaincre de constater l'état de délabrement des tombes des grands-parents et arrière-grands-parents dans un cimetière. Une vie à l'échelle cosmique n'a guère plus de consistance que la bulle de savon qui éclate à peine formée.

" L'insoutenable légèreté de l'être " mais aussi l'irremplaçable valeur de chaque individu. Les cimetières sont remplis dit-on de gens irremplaçables. C'est certainement vrai eu égard à la fonction sociale de l'individu. C'est totalement faux en terme de valeur humaine. Un dictateur n'aura cure des millions de morts que vont produire ses divagations. Un médecin sait le prix de la vie, de celle qu'il met au monde, lors d'un accouchement,  de celle pour laquelle il se bat face à la maladie, du combat qu'il perd avec la mort de son patient. Il faut mesurer les risques pris par des secouristes en mer, en montagne pour sauver une vie pour se rendre compte des gâchis constitués, par les guerres, les catastrophes humanitaires. Les génocides ne sont pas comme les feux de forêt, où quelques années après la végétation a repris le dessus. Des ethnies ont totalement disparu de la surface du globe, avec, même pour les plus primitives, une culture irremplaçable. Quelle relation avec le temps ? Que les races et les cultures meurent aussi. Comme les individus, les nations et les civilisations naissent et meurent. Partie d'une famille, d'un village, d'une contrée, une nation naît, se développe, devient un empire, connaît son apogée, puis son déclin et la décadence. Partout, le temps a fait son œuvre, les grandes civilisations qui constituent le patrimoine de l'humanité en sont aussi son passé. On les retrouve présentes dans la culture de nouvelles civilisations par une sorte de filiation, dans la langue, dans l'organisation de la cité, qui sont leur survivance. Comme pour un individu le passé d'un pays, d'une collectivité détermine son présent. Des grands empires reste une descendance, parfois fort éloignée de ce qu'ils furent. Quelle similitude entre le boutiquier du Grand Bazar du Caire et ses ancêtres de l'époque de Ramsès II ?


Quelles sont les traces tangibles du passé qui nous apprennent le plus sur ce que fût la vie des hommes de l'époque ? Les temples, mais surtout les nécropoles. Même les détails de la vie quotidienne de l'Egypte antique nous sont révélés par le contenu des tombes, qu'elles racontent l'Histoire par les fresques ou les hiéroglyphes, ou qu'elles révèlent leurs coutumes, à travers les offrandes et les souvenirs déposés auprès du défunt. La reconstitution de l'Histoire à travers les vestiges est un puzzle dont il manque bien des pièces, tributaire de telle ou telle découverte essentielle encore à venir. Les grands bâtisseurs d'empires, qui ont marqué leur temps, subsistent à travers les monuments qu'ils ont voulus. Des immenses conquêtes d'un Alexandre le Grand ou d'un Tamerlan, dont les destins se sont croisés dans les immensités des confins de l'Europe et de l'Asie, il reste des vestiges, beaucoup de destructions mais plus aucune frontière. Les pierres de Samarkand rappellent encore l'extraordinaire épopée du conquérant des steppes, entretenant le rêve. Rêves de pierre d'un homme, ayant souvent nécessité des monceaux de cadavres, d'esclaves ou d'ouvriers pour leur construction, ces palais, ces tombeaux restituent des siècles plus tard le temps disparu. Ces pierres sont parfois anonymes, mystérieuses comme les dolmens, les alignements de pierre et les statues de l'Ile de Pâques. L'esprit est prompt à leur conférer des significations ésotériques que justifie l'omniprésence des religions.
Chah i Zinda.
Photographie : Philippe Scherpereel.
Les quatre cavaliers de l'Apocalypse d'Albert Dürer
Source : Wikipedia
Celles-ci plus encore que les hommes ont jalonné le temps. Les idéologies humaines ont leur temps, qui n'excède généralement pas le siècle, juste le temps de susciter l'espoir et d'accumuler les cadavres, de sacrifier deux ou trois générations.

Le fascisme, dans sa forme la plus achevée du nazisme, a su mener à son terme son œuvre de mort en une quinzaine d'années, avant de disparaître dans une Walhalla d'apocalypse. Le communisme, appliqué grandeur nature avec l'Union Soviétique n'a pas survécu au vingtième siècle, même si de nombreux résidus survivent mais pour combien de temps encore du côté de Cuba ou de la Corée du Nord. Même son appropriation du sens de l'Histoire ne semble pas pouvoir lui assurer la pérennité.

Le  développement des idéologies évoque ces  bulles qui se forment à la surface d'une crème dessert en ébullition, enflent, éclatent avant de retourner au magma originel.
Comparées aux idéologies, les religions ont la vie dure. Indépendamment de jugements de valeur sur l'une ou  l'autre d'entre elles, elles font appel à travers Dieu à l'incarnation du temps. Ce faisant elles se placent hors du temps, même si leur survie leur impose de s'adapter aux évolutions des époques qu'elles traversent. Leurs chefs spirituels se distinguent des chefs d'Etat qui constituent le pouvoir temporel. Le pape, successeur de Saint Pierre, est le garant de cette pérennité de l'Eglise, dont le Vatican ne représente qu'un avatar temporel. L'église n'a jamais été autant en danger qu'à l'époque des Etats Pontificaux à une époque où le souverain pontife prétendait jouer un rôle temporel, faisant dériver la papauté de son objectif spirituel. Il est donc paradoxal qu'il soit nécessaire qu'une organisation sorte du temps pour assurer sa survie. Il serait cependant injuste et erroné de considérer que seule l'intemporalité soit le gage de la pérennité, eu égard aux valeurs chrétiennes servant de référence ultime à de nombreux individus depuis des siècles.

Les idéologies et les religions ont cependant en commun de vouloir reconnaître un sens à l'Histoire, qu'il s'agisse du triomphe du prolétariat ou du cheminement de l'humanité vers Dieu, à la fin des temps. Toujours ce besoin de bornes qui est le propre de l'homme, au moins autant que le rire que nous partageons sans doute avec les singes. Mais y a t-il un sens à l'Histoire ? Y a t-il un terme à l'Histoire ? Tout porte à y croire, en particulier le progrès, mais surtout la transposition de l'image de la vie des êtres, à celle du monde. En dehors de la survenue hypothétique d'un " Big-Crunch ", rien ne nous autorise à penser qu'il y ait une fin du monde ? Une fin des temps. Même probable, le pire n'est jamais sûr. Cette grande peur qui hanta le Moyen Age, l'an mil, est réapparue à la veille du nouveau millénaire, juste de quoi alimenter les phantasmes d'esprits fragiles, les chroniques des journaux avec le rappel des prédictions de Nostradamus et de remplir les poches des sociétés d'informatique avec le gag ubuesque du " bug" de l'an 2000. Alors y aura t-il une fin des temps ? C'est dans le Credo. On y croit ou on n'y croit pas. La science n'a pas encore d'avis définitif sur la question. Mais en attendant que c'est beau les visions d'apocalypse.

La conception de l'histoire est dans la tradition juive celle d'un temps linéaire, évoluant selon une chronologie déterminée, création, évolution, disparition, impliquant que l'univers ait un commencement, un milieu et une fin. Cette conception s'oppose au concept de cyclicité cosmique, présent dans de nombreuses civilisations anciennes, se fondant sur le mythe de l'éternel retour.

Que l'Histoire ait un sens ou non,  elle ne s'écrit pas sous forme d'une ligne droite. Un proverbe portugais, cité par Claudel en exergue du " Soulier de satin ", dit " Dieu écrit droit avec des lignes courbes ". C'est en tout cas ainsi que s'écrit l'Histoire avec ses avancées fulgurantes, ses dérapages, ses retours en arrière, les uns comme les autres portant la marque du génie (bon ou mauvais) de l'Homme. Fresque épique, c'est l'œuvre d'un grand peintre pointilliste où chaque détail, même celui qui échappe à l'œil, contribue à l'aspect de l'ensemble. Même les poubelles de l'Histoire y ont leur place, car on peut chasser un individu, une idéologie, une institution de la mémoire collective. On ne l'efface pas de l'Histoire sauf à la réécrire. On peut réécrire l'Histoire, on ne la refait pas, même si l'Histoire parfois bégaye. " L'Histoire est un éternel recommencement ". Cette assertion, maintes fois reprise, a effectivement un fondement de réalité si l'on considère le cycle des empires, la constance des conduites humaines déterminées par les qualités et les défauts des hommes qui perdurent à travers les âges. Un lâche sera toujours un lâche, un fourbe toujours un fourbe, aujourd'hui comme hier. On peut, on doit tirer des enseignements de l'Histoire, même si jamais elle ne se reproduit à l'identique. L'Histoire a un sens, celui des aiguilles d'une montre. A t-elle une finalité ?

Quelle est la place de l'Histoire de la planète dans l'Histoire de l'Univers,  dans le temps, si le temps est infini ? L'éternité est-elle un non-temps, comme la mort est un non-être ? La vision qu'en a l'homme est une vision positive. Son rêve est de voler un instant d'éternité, comme Prométhée a dérobé le feu. Ces moments d'éternité, où mieux les éprouver que dans des lieux hors du temps ? Mozart, Léonard de Vinci n'ont-ils pas, avec d'autres, arrachés de ces parcelles d'éternité, ou pour le moins contribué à procurer aux hommes les effluves d'un parfum d'éternité ?
Cette puissance évocatrice de l'art ne vise pas toujours, consciemment ou inconsciemment, à l'éternité. L'enfant qui construit des châteaux de sable que la marée emporte, les sculptures sur glace, actes gratuits de l'art, ont ce caractère émouvant de l'éphémère. Le chinois, que j'ai vu dessiner des calligraphies avec de l'eau sur le parvis des tombeaux des Ming, avait conscience que toute l'application qu'il mettait à calligraphier ses idéogrammes serait vaine, le soleil les faisant disparaître en quelques minutes. Ephémère beauté.

La persistance du temps a ses images, image symbolique et minimaliste de la tour en spirale de Samara, avec en écho la tour aux accents métaphysiques de la " Nostalgie de l'Infini " de Chirico. Dans la " Persistance de la Mémoire ", les montres molles de Dali font se confondre des temps liquéfiés où passé et présent se mélangent. " Un jour il faudra remonter mes montres molles pour qu'elles donnent le temps de la mémoire absolue qui est l'heure véritable et prophétique ". La montre fond sous l'effet déformant de la mémoire qui pèse de tout son poids sur l'heure. En fondant, l'objet interdit les découpages du temps. Ce qu'André Breton, explicite différemment dans les Vases Communicants : " La durée distendue fait bien la synthèse du réel et du rêve ".
Calligraphie éphémère.
Esplanade des tombeaux Ming.

Photographie : Philippe Scherpereel.
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