Postface

Image de l'univers apportée par le satellite Planck.
Document ESA.

Postface


Ce livre a été édité en 2006. Depuis cinq ans, l'intérêt pour les problèmes évoqués ne s'est pas démenti et de nombreux livres ont été publiés, même si aucune découverte scientifique fondamentale n'est venue bouleverser nos connaissances. Les avancées récentes se situent davantage au niveau de la réflexion et de la compréhension de notions, telle que celle du " big-bang ", pour passer d'un concept simpliste et imagé à une approche plus en profondeur. Les connaissances ne cessent de progresser tant au niveau des particules élémentaires, notamment avec la mise en fonctionnement de l'accélérateur de particules du CERN, que de la cosmologie, avec les données recueillies par le satellite Planck et la sonde Hubble qui apportent de nouvelles hypothèses sur l'origine de l'univers, si tant est qu'il ait eu un  commencement. Ce problème focalise les controverses entre les partisans d'un " intelligent design "  qui voient dans l'univers " le visage de Dieu " et ceux pensant que l'univers possède en lui-même les clefs de son origine et de son propre destin. Le livre d'Etienne Klein (1), " Discours sur l'origine de l'univers "  est particulièrement riche et source de réflexion. Nous y voyons que nos concepts, imprégnés d'anthropomorphisme, tels que la notion de commencement, du lien entre matière et énergie, de néant, peuvent être remis en question. L'univers peut il avoir surgi du néant au moment du big-bang ? Comment le néant a-t-il pu cesser d'être le néant ? L'usage médiatique du big-bang a instauré un malentendu difficile à dissiper, conduisant Jean-Marc Levy Leblond (2) à préciser : "  Attention, ces mots ne veulent pas du tout dire ce que vous avez compris, ce n'est pas une explosion, ça n'a pas eu lieu en un endroit donné de l'espace, ni d'ailleurs à un moment donné…. "  Cette image très parlante du point de vue médiatique a engendré de faux problèmes métaphysiques : qu'est ce qui existait avant le big-bang ? qui a bien pu le déclencher ? y avait il un principe explosif dans le néant ? pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?  Construction purement théorique, le big-bang ne correspond nullement à la création de l'univers mais marque plus vraisemblablement un épisode particulier qu'il a traversé correspondant à une phase très chaude et très dense rencontrée il y a 13,7 milliards d'années. Si la théorie des super-cordes est exacte, l'origine de l'univers à partir d'un point surgi du néant n'a pas pu se produire. D'autres théories telles que la contraction de l'univers suivie d'une redilatation, la collision de deux branes ou l'hypothèse de Hawkins d'un univers sans bord pulvérisent le modèle classique du big-bang qui ne prenait en compte que la gravitation et l'instant zéro comme la singularité initiale disparaissent. Les prédictions cosmologiques de la théorie de la gravité quantique, proposées par Martin Bojowald (3), font du big-bang un violent rebond qui a suivi une contraction très rapide de l'univers. L'univers préexisterait donc au big-bang, même si les effets quantiques pendant la phase de rebond auraient effacé toutes les traces de son passé. Parmi d'autres hypothèses, le vide préexistant n'est pas vide. Il contiendrait de l'énergie et serait même gorgé de matière virtuelle ou à l'état de veille. Le vide n'est donc plus un espace sans rien, encore moins un néant où rien ne se passe, mais " un océan de particules virtuelles capables, dans certaines circonstances, d'accéder à l'existence ".  L'expansion de l'univers serait la conséquence de l'énergie permettant de transformer les particules virtuelles du vide en matière. Rien ne permet de penser que l'univers soit unique. Dans le cadre de la théorie des super-cordes, l'hypothèse de " l'inflation éternelle " produirait une expansion accélérée donnant naissance sans cesse à de nouveaux univers (4), " multivers d'une diversité fascinante, chacun ayant ses propres particules, ses propres lois physiques ". Une des questions à résoudre est la concordance qui existe entre l'univers et les lois physiques qui le régissent. Ces lois physiques semblent immuables, hors du temps, alors que l'univers lui a changé. Faut il imaginer que les lois physiques fassent partie de l'univers et comme lui évoluent suivant un processus de type Darwinien, s'adaptant en fonction de l'évolution des besoins ? Comment peut on imaginer que les lois physiques existaient en dehors du monde avant qu'il n'apparaisse et qu'elles l'attendaient pour devenir effectives ? On n'est pas loin de la métaphysique mais comme l'écrivait Schopenhauer : "  Les humains sont des animaux métaphysiques, les seuls qui s'interrogent sur l'être ". Notre langage d'occidentaux est ontologique alors que dans la langue chinoise la question d'origine ne se pose même pas car elle est fondée sur la transition, la polarité entre les contraires. L'esprit humain est capable de saisir des réalités mesurables mais incapable d'appréhender ce dont elles sont faites. Ainsi, le temps est ce qui fait la durée. On peut comprendre la durée et même la mesurer. La durée correspond au temps qui s'écoule entre la vision de deux pylônes de caténaires dans un train en mouvement, entre deux bornes kilométriques d'une route ou circule une automobile ou de ce qui sépare la naissance de la mort. Si l'on imagine ce dont est faite la durée, on ignore ce dont est fait le temps. Si l'on reprends la définition de Platon disant que " le temps, c'est l'image mobile de l'éternité immobile ", loin d'apporter une clarification, elle ne fait qu'ajouter un concept insaisissable à celui qu'elle prétend décrire. Ces concepts d'éternité, d'infini, d'asymptote apportent des explications incompréhensibles pour un être fini dans la durée et dans l'espace.

En dépit des avancées prodigieuses de la science, l'infiniment grand comme l'infiniment petit ne relèvent plus de l'observation directe ou de l'expérimentation. La seule approche possible est la vérification de l'adéquation de théories ou d'hypothèses avec les principes de la relativité et de la physique quantique dont l'unification reste du domaine de la supputation. Des théories comme la théorie des cordes deviennent au fil des ans de plus en plus complexes, faisant appel à des notions de multiples dimensions bien au delà de la quatrième dimension, allant jusqu'à évoquer 26 dimensions, concept difficilement accessible à notre expérience essentiellement sensorielle. Dans le mot " théorie " il y a curieusement, comme une racine, " théo " qui amène la science moderne aux confins de la métaphysique que ce soit pour récuser l'existence de Dieu ou y voir son visage.

BIBLIOGRAPHIE COMPLEMENTAIRE


1- KLEIN Etienne. Discours sur l'origine de l'univers. Flammarion Editeur, Paris, 2010

2- LEVY-LEBLOND Jean-Marc. La pierre de touche. La science à l'épreuve….. Folio Essais, Gallimard, 1996

3- BOJOWALD Martin. L'univers en rebond : avant le big bang. Albin Michel, Bibliothèque Sciences, 2011

4- BARREAU Aurélien, GYGER Patrick, KISTLER Max, UZAN Jean-Philippe. Multivers. Mondes possibles de l'astrophysique, de la philosophie et de l'imaginaire. Editions la ville brûle, 2010

5- HAWKING Stephen, MLODINOW Léonard. Y a-t-il un grand architecte dans l'univers ? Odile Jacob, collection Sciences, 2011

6- PENROSE Roger, HAWKING STEPHEN. La nature de l'espace et du temps Folio Essais, Gallimard, 2003


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