Visages : jeunes et vieilles, Goya revisité

Un album est disponible en cliquant sur le diaporama en bas de page. (Collection personnelle)


Le Musée des Beaux-Arts de Lille s'enorgueillit de posséder deux tableaux extraordinaires de Goya : les jeunes et les vieilles. Le trait est poussé jusqu'à la caricature mais le contraste est saisissant entre les deux tableaux juxtaposés. Ce sont ces deux tableaux qui me reviennent à l'esprit en regardant cette galerie de portraits de femmes rencontrées dans notre périple au Yunnan.
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Beaucoup de ces visages de jeunes femmes m'ont frappé par leur beauté. Ce n'est pas seulement l'exotisme de ces traits asiatiques, comparés à nos beautés européennes, qui séduisent par la fluidité de la carnation, le magnétisme du regard ou la beauté de la chevelure. 
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Ces jeunes femmes étaient parées de magnifiques atours, qu'il se fut agi de modèles en séance de photographie, de danseuses en costumes folkloriques, de fiancées en parures de mariage traditionnelles ou tout simplement de rencontres fortuites dans la rue ou dans une boutique. Etait-ce la chance ou le hasard, mais nous avons croisé nombre de ces jeunes mariées, la tête couronnée comme des reines. Les couleurs chatoyantes de leurs parures, la vivacité de leur attitude, le rayonnement de leur sourire, contrastaient avec le caractère un peu gauche et emprunté de leurs compagnons, rarement mis en valeur par des habits un peu ternes. 
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Comment ne pas tomber sous le charme de ce modèle dans sa magnifique robe blanche posant sur les remparts de Dali, ou de cette mariée dont l'ensemble vert se fondait avec les frondaisons, au bord d'un canal de Lijiang ? Elles semblaient heureuses de voir leur beauté reconnue et posaient volontiers, tandis que le regard dérobé d'une bijoutière musulmane, s'enrobait de mystère, le front couronné d'une perle, réminiscence de Vermeer ? Femmes fleurs, femmes oiseaux, faites que votre éclat et votre beauté ne soit pas altérés par le tourisme et la modernité.
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Le temps s'emploiera malheureusement à transformer ces merveilleux visages « qui vivent ce que vivent les roses ». Une autre beauté remplacera celle de la jeunesse, celle qu'avec l'âge, imprime la vie, en burinant les traits du visage. Ces femmes ont travaillé dur toute leur existence, elles ont connu la violence des guerres et des révolutions, la famine et de grandes privations.
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Elles vivent dans de vieilles maisons sans confort, gagnent quelques yuans sur les marchés et se nourrissent frugalement de quelques légumes qui constitueront  leur bouillon qui, avec le riz, constituera l'essentiel de leur nourriture. Elles portent les vieux habits traditionnels de l'ethnie dont elles sont issues, passés au soleil et aux intempéries. Elles existent en marge d'une société qu'elles ne reconnaissent plus et qui n'a plus rien de commun avec elles. Leurs enfants les ont quitté pour aller travailler en ville. Ils ne viendront les voir au mieux qu'une fois par an. 

Elles auraient aimé avoir plusieurs petits enfants mais le régime a imposé la loi de l'enfant unique. Les enfants, qui étaient leur seule chance d'assurer leur vieillesse, sont loin. Ils doivent pourvoir pour eux-mêmes à des dépenses dont on a pas idée sur les marchés des villages : le loyer d'un appartement dans l'une de ces multiples tours qui s'agglutinent à la périphérie des villes, des déplacements coûteux et éreintants pour se rendre chaque jour au travail, des besoins que la société a créés, comme la télévision et les téléphones portables, dont on ne voit plus comment on pourrait se passer. Sont-elles les derniers spécimens d'une société en voie de disparition ? L'affection filiale que les enfants ont encore pour leurs vieux parents survivra t'elle à la génération actuelle ? Pratiquera t'on encore le culte des ancêtres dans le monde de demain ? La Chine, si attachée à ses traditions, survivra t'elle au matérialisme que le communisme voulait promouvoir et qui peu à peu se transforme en une forme de capitalisme, où le fossé devient chaque jour de plus en plus apparent entre les riches et les pauvres ? Lao Tseu, Confucius, votre sagesse fout le camp.

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