Cluny, le rêve évanoui

Un album est disponible en cliquant sur le diaporama en bas de page. (Collection personnelle)

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Façade extérieure du transept et clocher de l'eau bénite

Depuis de très nombreuses années, je rêvais de visiter Cluny, mais la voiture filait sans vouloir s'arrêter sur l'autoroute vers le soleil de la Méditerranée. Ecrivant la biographie romancée de Pietro d'Abano, il me sembla évident qu'il ne pouvait pas ne pas y faire étape lors de son voyage à Paris.

L'abbaye, qui était un centre intellectuel majeur du Moyen Age, était aussi, lorsque Pietro s'y arrêta, le plus grand édifice religieux de l'Occident dont la construction débuta en 1088 pour ne s'achever qu'en 1220. Les dessins qui reconstituent l'église abbatiale et la présentation virtuelle, en vidéo trois dimensions, avec laquelle débute la visite de ce qui en reste témoignent de la grandeur et de la majesté de ce qu'elle fut. Un sentiment de frustration apparait à la vue des deux ou trois petits clochers qui persistent et lors de la visite du bras sud et du petit « transept matutinal » qui représentent moins d'un dixième de l'édifice primitif.



Le monde occidental s'offusque, plutôt assez mollement, des destructions des temples de Palmyre par les fanatiques de Daech, mais elles n'ont rien à envier aux révolutionnaires qui saccagèrent l'abbaye et transformèrent cet édifice exceptionnel en carrière de pierres. Cette période sombre de notre histoire avait en commun avec les barbares actuels de couper les têtes sur un mode un peu plus élaboré, au nom des principes soi-disant humanitaires du Docteur Guillotin.  
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Petit transept et abside
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Tête de Roi

J'avais réservé une chambre dans une maison d'hôtes, la Maison Tupinier, bien cachée derrière le mur du petit jardin de curé, donnant sur la place face à l'entrée de l'abbaye. La fréquentation de ces maisons d'hôtes réserve souvent d'agréables surprises, mais cette fois ce fut une délectation. Cette antique demeure avait été gardée « dans son jus » par son propriétaire un antiquaire qui se plaisait beaucoup à raconter son histoire et à nous la faire visiter. L'accès à l'étage se faisait par un étroit escalier de pierre en colimaçon. Notre chambre avait gardé ses poutres apparentes et ses larges tomettes. D'autres pièces, dans un capharnaüm invraisemblable d'objets et de meubles, avaient gardé intactes de superbes boiseries et des peintures murales de peintres renommés à leur époque. Nous apprîmes le lendemain au petit déjeuner que notre chambre avait accueilli peu de temps auparavant le couple d'un célèbre homme politique. Nous n'en fûmes pas outre mesure honorés compte tenu de son appartenance partisane.


La partie restante de l'église abbatiale, en particulier la voûte du « Clocher de l'eau bénite », demeure la plus intéressante de la visite, même s'il est difficile d'imaginer ce que fut la grandeur de l'édifice primitif. Dans une absidiole figurent des chapiteaux constitués de têtes de ce que l'on peut supposer avoir été de princes ou de rois. L'expression des visages est étonnante de force et de simplicité. A voir ces trop rares vestiges, présentés également dans les bâtiments annexes du cellier et du farinier, avec sa jolie voûte en berceau, on regrette la fureur iconoclaste qui en détruisit la plus grande partie.
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Le cloître
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Plante du jardin des simples

Les bâtiments construits aux XVIIe et XVIIIe  siècles, notamment le cloître, sont d'un grand classicisme mais ne comblent pas le désir que l'on a de voir l'abbaye, avec son caractère unique, telle qu'elle fut avant sa destruction presque totale. Dans la petite ville on admire de très jolies façades de maisons dont il est probable qu'elles furent construites avec les pierres de l'abbaye.

Sur le côté d'une petite place surplombant l'esplanade de ce qui fut l'allée centrale  de l'abbaye un petit jardin de simples a été planté comme un témoignage vivant de la vie monastique.



Avec les bouddhas de Bâmiyân, les temples de Palmyre, et tant d'autres merveilles, Cluny restera un témoignage du fanatisme et de l'imbécilité des hommes.
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