Icônes du Musée de Petrozavodsk

Un album est disponible en cliquant sur le diaporama en bas de page. (Collection personnelle)


Le Musée des Beaux-Arts de Carélie est un bâtiment très simple, faisant face sur une petite place à un pseudo temple grec aux colonnes blanches se détachant sur un fond jaune. Bien qu'il soit renommé pour cela, on n'imagine pas en y pénétrant la beauté des icônes du Nord de la Russie qu'il renferme. Les musées russes réalisent souvent un mélange de superbes icônes et de tableaux du XIXe siècle sans aucun réel intérêt. On se dirige donc directement vers la salle des icônes jetant un regard distrait sur ces tableaux d'un genre mineur.
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Icône du Christ



Les premières icônes sont les plus anciennes des  XIV et XVe siècles. La première est un portrait du Christ en buste, aux traits simples et aux couleurs pastel, en fait probablement délavées, par la lumière, le temps et les multiples avatars auxquels furent exposées ces peintures. On imagine difficilement le nombre et la splendeur  de ces icônes qui ont disparues victimes de la fureur iconoclaste des révolutionnaires. C'est miracle que certaines d'entre elles aient survécu aux destructions de cathédrales, d'églises et de chapelles de village, échappé aux incendies accidentel ou volontairement destructeurs. Il est difficile d'imaginer  comment les cathédrales de l'enceinte du Kremlin et les merveilles qu'elles contenaient aient survécu à la bourrasque. Certaines dans les villages n'ont dû qu'à la piété de pauvres gens d'être cachées dans des conditions précaires, évitant la destruction ou la spoliation par des amateurs sans scrupules. 




Les auteurs de la plupart des icônes sont des artistes inconnus. Très peu d'entre eux, comme Andrei Roublev, Dionisi, Nikifor Savine ou Iossif Vladimirov, ont été identifiés et leurs œuvres attribuées avec certitude. Ils jouissent d'une renommée méritée qui fait que dans une collection on repère immédiatement leurs œuvres qui se distinguent du commun. J'ai écrit par ailleurs mon émotion devant la Trinité d'Andrei Roublev à la galerie Trétiakov de Moscou. L'oklad d'or, conservé séparément au musée d'Histoire et d'Art de Serguiev-Possad, a été enrichi à plusieurs reprises par les tsars, depuis Boris Godounov en 1599, pour les éléments les plus anciens, le tsarévitch Feodor, qui l'a agrémenté de pierres précieuses et le tsar Michel 1er Romanov qui ajouta les colliers d'or. Le nombre de pierres précieuses laisse pantois : 31 diamants, 74 émeraudes, 7 rubis, 44 saphirs, des rubellites, grenats, quartz, chrysoprases…
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Oklad d'or de la Trinité
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Saint Georges terrassant le dragon




On est loin à Petrozavodsk d'une telle magnificence, mais la simplicité et la beauté des icônes n'a rien à envier. On y retrouve bien sûr la réinterprétation des thèmes classiques. Des vierges à l'enfant, Saint Georges terrassant le dragon, Saint Nicolas, le Christ Pantocrator sont représentés de manière simple, assez dépouillée. Le dessin des visages, les drapés n'ont rien de sophistiqué, et l'on n'est pas surpris de découvrir, au milieu de ces icônes anciennes, une plus récente, évoquant le dessin d'enfant. La Dormition de la Vierge est un thème récurrent et l'on en voit deux exemplaires dont la composition est similaire et qui ne différent que par les personnages  environnants. 




On en retrouve de très semblables notamment au Musée de Pskov dont ne diffère que la manière. Le thème de l'ascension du prophète Elie sur un char de  feu est repris sous plusieurs aspects mais se retrouve également dans de nombreuses icônes russes. Deux icônes sur ce même sujet racontent l'histoire de cette ascension et du disciple Elisée tentant de s'accrocher au manteau du prophète. Le charme de ces icônes repose sur leur naïveté et leur spontanéité, le caractère décoratif des lignes et des couleurs de la composition. 
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Elie s'élevant au ciel sur un char de feu
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La descente du Christ aux limbes

Parmi les autres thèmes, on retrouve celui de la descente du Christ aux limbes, sous deux interprétations cette fois différente, une Trinité beaucoup plus rustique que celle de Roublev, que l'on pourrait qualifier de plus éthérée, plus aristocratique, par l'élancement des formes et la douceur des couleurs. La naïveté de la composition remplace la majesté incomparable de la scène peinte par Roublev.

Une grande sobriété des formes et des couleurs se retrouve dans le baptême de Jésus par Saint Jean Baptiste, contrastant avec la richesse de la palette des couleurs de la plupart des icônes.
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Baptême du Christ par Jean-Baptiste

Cet ensemble d'icônes n'a sans doute pas la richesse des icônes, que j'ai pu contempler deux jours plus tard au Musée Russe de Saint Petersburg, mais elles possèdent un charme qui tient à leur spontanéité que l'on retrouve dans les petites églises de bois de Carélie. Elles témoignent de la dévotion de ceux qui les ont invoquées et de la foi de ceux qui les ont peintes pour servir à l'édification des fidèles. Les histoires qu'elles racontent constituent une mythologie vivante pour ceux qui sont hors des sentiers de la foi, mais restent très touchantes et représentent une image vivante de l'âme russe.
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